Une séléction de livres

 



UNE SELECTION DE LIVRES





Je n'ai pas lu tous les livres de la bibliographie, je parle de quelques livres que je connais, et encore je ne présente pas tous les livres que j'ai lu. Il est difficile de faire un choix, la plupart des livres sur le sujet sont de qualité. Je propose ici une séléction de livres qui me paraissent accessibles à tout le monde, y compris aux personne qui n'ont jamais entendu parler d'Octobre 1961 ou qui ne connaissent pas bien l'histoire de la guerre d'Algérie.





ENQUETES HISTORIQUES SUR OCTOBRE 1961.





PAULETTE PÉJU: « RATONNADES À PARIS » PRÉCÉDÉ DE « LES HARKIS À PARIS ». Maspero novembre 1961 (édition saisie), la Découverte 2000 (9 €).


Ce livre est l'illustration même de l'écriture immédiate de l'histoire.

Au moment des manifestations des AlgérienNEs en Octobre 1961, Paulette Péju, journaliste, travaille sur une enquête sur les tortures qu'inflige la police française aux algériens depuis plusieurs années. Le « sale boulot » est le plus souvent effectué par les « supplétifs », des algériens recrutés par la police. Ces « supplétifs » étaient alors appelés « Harkis », bien qu'ils ne soient pas combattants dans l'armée française, mais relevaient du ministère de l'intérieur. Le livre révèle que tout comme en Algérie, en France, les Algériens étaient fréquement arrêtés arbitrairement et torturés. Paulette Péju s'appuie notament sur des plaintes déposées en justice par des Algériens.

Pour Octobre 1961, le livre rassemble des plaintes, des témoignages, et des articles de journaux. Cette première enquête relate déjà très précisement ce qui s'est passé et n'a pas été démentie par les travaux historiques effectués bien des années plus tard.

En novembre 1961, alors que le livre est à la reliure, François Maspéro apprend que la police est sur le point d'effectuer une saisie. Il parvient à sauver quelques exemplaires qui circuleront clandestinement. Au même moment, paraît le numéro spécial du journal « Vérité Liberté » sur le 17 octobre 1961, qui sera également saisi.





MICHEL LÉVINE: « LES RATONNADES D’OCTOBRE, UN MEURTRE COLLECTIF À PARIS ». Ramsay 1985 ,  Jean-Claude Gawsewitch 2011 (18,90 euros), Consultable à la Bibliothèque Universitaire de Strasbourg.


La première enquête historique qui paraît depuis la censure des parutions de 1961. En 1985, la consultation des archives de la préfecture de police pour l'année 1961 est interdite. Michel Lévine parvient cependant à réaliser une véritable enquête historique à partir d'autres sources que les archives d'état. Là encore, les recherches historiques ultérieures ne démentiront pas cette enquête. Ce livre a la particuraité de contenir de nombreux témoignages de femmes algériennes et d'apporter plus d'informations sur les manifestations des femmes.

Si le livre de Michel Lévine a pu paraître sans être saisi, il a subi cependant une autre forme de censure : pas de publicité, très peu de visibilité, et donc très peu lu. Jusqu'en Octobre 2011, il a été rarement mentionné dans les bibliographies sur octobre 1961, malgré sa qualité. Il a été réédité en octobre 2011 à l'occasion du cinquantenaire des manifestations d'octobre 1961. Puisse-t-il connaître le succès  qu'il mérite !





ANNE TRISTAN, AGNÈS DENIS, MEHDI LALLAOUI, CÉCILE URBAIN: « LE SILENCE DU FLEUVE, CE CRIME QUE NOUS N’AVONS TOUJOURS PAS NOMMÉ ». Edition Au Nom de la Mémoire (épuisé), 1991 Consultable à la Bibliothèque Municipale de Strasbourg (de nombreuses photographies).


L'association « Au nom de la mémoire » est la première association qui milite pour la reconnaissance publique des responsabilités de l'état français dans les violences, la torture et les crimes perpétrés contre les AlgérienNEs en octobre 1961. La seconde association étant « 17 octobre: contre l'oubli », fondée en 2001. Mehdi Lallaoui était enfant à cette époque et son père est un survivant. Mehdi Lallaoui a réalisé un documentaire également appelé « Le silence du fleuve » en 1992.

Le livre, qui se présente un peux comme un album, est plus un témoignage qu'une enquête historique détaillée et contient de nombreuses photographies, moins connues que celles d'Elie Kagan, ainsi que des témoignages inédits. Il est actuellement épuisé, mais du fait de sa dimension artistique c'est le favori des bibliothèques municipales.





JEAN-LUC EINAUDI: « LA BATAILLE DE PARIS ». SEUIL, 1991 (7 €).


L'ouvrage le plus connu. Pour Jean-luc Einaudi, la recherche sur Octobre 1961 est le travail et l'engagement militant de toute une vie. Pour cet ouvrage, il a étudié et recoupé d'innombrables sources (en 1991, la consultation des archives de la prefecture de police est toujours interdite), interrogé de nombreux témoins, étudié le parcours de chaque responsable politique impliqué. Il présente un curriculum vitae très complet de Maurice Papon, ce qui lui vaudra de témoigner à son procès en 1998 et d'être attaqué en diffamation par Maurice Papon lui-même en 1999. Il détaille les stratégies et les clivages des responsables politiques, les héritages de la collaboration dans la police et dans d'autres institutions, les abominables « techniques » de la guerre coloniale etc... Il décrit le déroulement du 17 octobre 1961 minute par minute. Il dénombre les meurtres d'algériens et les disparitions, avant, pendant et après le 17 octobre 1961 et s'acharne à retrouver les noms des morts et des disparus. Depuis la parution de ce livre, Jean-Luc Einaudi publie régulièrement des livres et des articles sur ce sujet.





LINDA AMIRI: « LES FANTÔMES DU 17 OCTOBRE ». Edition Mémoires Génériques, 2001 Contacter Mémoires-Génériques, 3 rue de Citeaux, 75012 Paris, tel : 01 49 28 57 75.


Si vous disposez de peux de temps et souhaitez acquerir rapidement une connaissance assez précise de ce qui s'est passé en octobre 1961, ce livre est le plus adapté, il est tout à la fois court, concis, précis et accessible pour tout type de public. Mais il a également beaucoup d'autres qualités.

Linda Amiri a travaillé entre autre sur les archives de la fédération de france du FLN (Front de Libération Nationale, organisation qui coordonne la lutte pour l'indépendance de l'Algérie). Elle privilégie donc les témoignages directs et écrits des Algériens et détaille le fonctionnement du FLN en France.

Elle a également étudié les archives de la préfecture de police, qui sont devenues accessibles aux historiens en 2001. Auparavant, seul Jean Paul Brunet avait accédé par dérogation à ces archives en 1999, et avait publié la même année « Police contre FLN, le drame du 17 Octobre 1961 », un ouvrage auquel les autres historiens et les témoins reprochent de minimiser le nombre de victimes algériennes ainsi que les responsabilités de l'état français, et de privilégier le seul point de vue de Maurice Papon. Suite à l'étude des archives de la prefecture de police, Linda Amiri contetste les conclusions de Jean Paul Brunet et confirme l'exactitude des recherches de Paulette Péju, Michel Lévine et Jean-luc Einaudi.

En confrontant les archives du FLN et de la préfecture de police, Linda Amiri apporte un nouvel éclairage : la guerre d'Algérie a eu lieu aussi sur le sol français. Les ouvriers algériens et leurs familles, mais aussi MarocainEs, TunisienNEs etc... subissaient la guerre en France, autant qu'en Algérie: pourchasséEs par la police, rackettéEs, délogéEs, torturéEs, assassinéEs, déportéEs. Algériens et Algériennes en France ne faisaient pas que subir la guerre, mais participaient, volontairement ou non à la lutte pour l'indépendance de l'algérie : financement du combat, organisation solidaire, mobilisation militante.

Curieusement Linda Amiri, qui est franco-algérienne, n'est pratiquement jamais citée dans les bibliographies sur Octobre 1961...
Pour plus d'infos





OCTOBRE 1961 DANS LE CONTEXTE DE LA GUERRE D'ALGERIE EN FRANCE.





MONIQUE HERVO: « CHRONIQUE DU BIDONVILLE – NANTERRE EN GUERRE D’ALGÉRIE ». Gallimard 2001.


Monique Hervo, dans le cadre de ses activités militantes et associatives, a vécu dans le bidonville de Nanterre « La Folie » pendant la guerre d'Algérie et s'est liée avec des habitanTEs. Elle témoigne de la vie quotidienne au jour le jour, de la misère, mais aussi du véritable « état de guerre » infligé aux habitanTEs du bidonville (AlgérienNEs, MarocainEs, TunisienNEs) par la police et les autorités françaises : harcellement, destruction des logements, terreur, violences, racket, meurtres. Elle témoigne aussi de la grande solidarité qui existait entre les habitantEs, de leur force, de leur détermination. Nous ne sommes plus en présence de personnes inconnues ou anonymes : on découvre le parcours et la personnalité de chaque personne, de chaque famille, avec de très belles photographies, portraits, portraits de groupes etc...

Monique Hervo a également accompagné le groupe des femmes et des enfants du bidonville de Nanterre à la manifestation du 17 Octobre 1961. Elle décrit le départ et le parcours de l'intérieur, avec l'enthousiasme qui y régnait avant l'horreur. Elle témoigne également des suites : de nombreux/ses blésséEs, dont la plupart avaient un besoin urgent de soins médicaux mais ne pouvaient y accéder sans courir le risque d'être arrêtéEs, battuEs ou torturéEs par la police. Elle témoigne également des opérations de représsailles effectuées par la police française, semant la terreur dans le bidonville.





LINDA AMIRI: « LA BATAILLE DE FRANCE, LA GUERRE D'ALGÉRIE EN MÉTROPOLE ». Robert Laffont 2004.


Toujours à partir des archives de la fédération de France du FLN et de la prefecture de police de Paris, Linda Amiri décrit la guerre qui se livrait sur le sol français. On y découvre par exemple tous les dispositifs mis en place par les autorités françaises pour contrôler la population algérienne. Ainsi, les services sociaux pour les AlgérienNEs, les TunisienNEs, les MarocainEs, n'était pas les mêmes que les services sociaux pour les FrançaisEs : il dépendaient du ministère de l'intérieur et avaient entre autre pour fonction de ficher les algérienNEs. On y découvre également le fonctionnement interne du FLN en France, et comment s'organise tout à la fois la guerre et le quotidien des travailleurs algériens et de leur famille. On y découvre également la guerre sans merci que livrent les autorités françaises non seulement au FLN, mais surtout à la population algérienne, en particulier aux ouvriers dont on savait qu'ils finançaient la guerre par des quotisations obligatoires au FLN.

Linda Amiri montre comment les manifestations d'Octobre 1961, des AlgérienNEs désarméEs face à la police qui avait ordre de ne pas faire de quartier, ont été une étape décisive de la guerre pour l'indépendance de l'Algérie.
Pour plus d'infos

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :